Entre la vie et la mort


Le 23 juin 2007, une grande dame de 90 ans inconnue du grand public mais cher à mon cœur, nous a quittée. Elle était certes petite de taille mais grande par son savoir-vivre, ceci même si sa fin de vie n’a pas été des plus agréable. Mais le grand âge et la constatation quotidienne de la perte de ses facultés physiques et mentales pourraient-elle être agréables à vivre ?

C’est la deuxième personne dans ma vie d’homme ou j’ai l’occasion d’observer de près la déchéance des facultés corporelles consécutive au grand âge. Mon grand-père décédé à l’âge respectable de 99 ans a vécu très indépendamment jusqu’à ses 95 ans. Il a du ensuite vivre dans une résidence adaptée à ses besoins. Sa dernière espérance, son dernier orgueil, fut d’atteindre ses cent ans. La société c’est un peu moqué de lui en fêtant son centième anniversaire le jour ou de ses 99 ans soit pour le début de sa centième année. Son but ultime étant atteint, il s’en est allé trois mois plus tard. J’ai admiré sa ténacité de vie, cette envie qu’il a eu de surmonter ses difficultés quotidiennes d’être pour atteindre son ultime objectif.

Apprécier à leur justes valeurs ses ultimes actes de courage et de fierté. J’ai aussi écouté son désir d’en finir avec la vie, qui pour lui, manquait chaque jour davantage de saveurs et d’assurances d’équilibre. J’ai aussi partagé avec lui  sa crainte de quitter le connu pour aller vers l’inconnu.

Luisa Victoria, mère de mon épouse, si chère à mon cœur, grande dame évoquée au début de ce texte, a aussi dû se résoudre à vivre dans une résidence spécialisée pour personnes âgées depuis l’âge de ses 86 ans. Bien que tous les conforts possibles lui aient été proposés. Elle a vécu cette étape de sa vie comme une espèce de punition, un renoncement à sa liberté d’être. Elle s’est peu à peu enfermée dans une quasi-solitude choisie, à la fois dans et déconnectée du monde.

Elle est passé par plusieurs stades depuis son entrée en résidence. D’abord la révolte vis à vis de son entourage et des employés de la résidence avec parfois quelques attitudes agressives voire d’une violence inhabituelle chez elle pour une femme habituellement pacifique. Puis elle a vécu une brève période de tentative d’intégration de quelques mois, elle acceptait alors, de sortir de son habitation pour aller rencontrer les autres  et partager du temps  avec eux en jouant avec eux notamment aux cartes. Puis brutalement elle s’est à nouveau renfermée sur soi et n’a plus voulu sortir de son habitation refusant les contacts avec les autres arguant de ses impuissances physiques pour justifier  la rigueur de sa solitude choisie. Elle s’interdisait même le plaisir de joué au Parchis, un jeu qu’elle adorait par le passé.

Les derniers six mois de sa vie, elle semblait s’être peu à peu résignée et attendait la mort dont elle parlait chaque fois qu’elle nous rencontrait. Elle s’était également autorisée à retrouver le plaisir de jouer à son jeu favori à chacune des visites de sa fille et de son gendre.  Elle se refusait a accepté l’idée d’avoir récemment fêter ses nonante ans, elle affirmait même avoir 86 ans, sa dernière concession a été d’accepter l’idée d’avoir 89 ans plus un an. Mais le lendemain elle répétait à qui voulait bien l’entendre qu’elle avait 83 ans.

Sa mémoire était devenue sélective sur des épisodes anciens de sa vie qui l’avait marqué mais ne se rappelait plus pour l’essentiel de son quotidien.Le 23 juin au matin, elle s’est éteinte avec un visage d’une étrange clarté, un visage enfin détendu et désormais paisible. Un peu comme si elle avait accepté enfin d’être délivrée.

Cette femme courageuse était la sœur de onze enfants qui sont tous décédés avant elle alors qu’elle avait l’air la plus fragile de tous, confrontée à diverses difficultés de vie qui l’ont atteinte dans sa santé.Elle a connu la guerre d’Espagne, dans le camp républicain. Elle fut mise en prison après l’injuste dénonciation d’un amoureux éconduit duquel elle n’avait pas accepté les avances. Eh oui ! En ces temps troublés du début du franquisme, il suffisait de cela pour se voir mis au ban de l’infamie et être injustement condamnée. En conséquence de cette période, elle a du subir une intervention chirurgicale aux poumons et a eu des difficultés toute sa vie durant avec un estomac délicat qui l’ont fait souffrir et aussi limités ses facultés d’être pleinement heureuse et d’être bien dans sa peau.

Femme devenue volontaire en raison des difficultés de la vie à surmonter, elle avait un caractère et une volonté forte. Elle s’est imposée et elle a imposé à son entourage une rigueur d’existence  exemplaire parfois pesante pour ses proches. Sa rigueur de vie était toutefois tempérée par une noblesse de cœur et une générosité remarquable qui l’on fait apprécier par l’ensemble des membres de sa très nombreuse famille.Aujourd’hui, elle nous a quitté en nous laissant en première ligne de vie pour rejoindre à notre tour la fin de nos existences.

Elle qui a touché mon cœur en m’offrant sa tendresse, me laissera un souvenir attendri en m’offrant le sujet de mes quelques réflexions songeuses sur la difficulté de vivre la fin de vie avec un grand âge.Car si les progrès technologiques et la médecine nous offre l’opportunité de vivre plus âgé toutefois, ils offrent peu d’alternatives à la déchéance physique et aux besoins psychologiques et sociaux du grand âge ceci malgré les bonnes volontés des uns et des autres qui se trouvent souvent démunis face aux appels à l’aide de nos aînés.

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